Puissant Chantier
Passer un palier
November 9, 2021
"J'ai peur de ne pas parvenir à prolonger cet état de grâce. Comme un pilote de planeur qui sait qu'il ne peut pas échapper indéfiniment à la gravité."
Transcription complète :

Bon, je te préviens, je ne suis pas sûr que ma voix tienne le coup sur un épisode complet. Mais comme le meilleur moment pour enregistrer c'était il y a deux semaines, autant se lancer maintenant.

Durant quelques semaines, j'ai voulu prendre soin de moi. Avec le recul, je réalise que j'ai fait l'inverse. Je me suis déconnecté de ce qui me fait avancer. J'ai complètement arrêté de créer. Je me suis privé de mon carburant. J'ai crû m'accorder un break. En réalité, j'ai brisé mon élan.

Qu'est-ce que j'aurais dû faire ? Simplement ralentir en observant. Quand je m'arrête totalement, je commence à trop réfléchir, à tourner en rond et à douter.  Je dévie, je zigzague en évitant inconsciemment mes objectifs. Je sombre dans l'ennui. Le genre d'ennui qui me plombe, qui me coule. Et dans ces moments, mon mauvais réflexe est de chercher à me divertir. Je fuis en poursuivant un mirage.

Par exemple, je me suis mis en tête que je devais absolument m'acheter un nouveau casque audio, en partie pour me récompenser d'avoir achevé la première saison de mon podcast. Je me suis embarqué dans de longues recherches pour trouver le casque idéal... mais Internet est un gouffre sans fond. En y réfléchissant, je sais que je fuyais l'un de mes démons : la peur de ne pas réussir à confirmer mon premier essai. Quand je débute, je n'ai pas conscience de faire un travail de qualité. Ce n'est qu'après coup que j'arrive à dire si c'était bien ou pas. J'ai peur de ne pas parvenir à prolonger cet état de grâce. Comme un pilote de planeur qui sait qu'il ne peut pas échapper indéfiniment à la gravité.
 
Eh bien tu sais quoi ? Je ne suis pas l'homme d'un seul coup d'éclat. J'ai un moteur, je suis une machine à créer et il est temps de remettre une briquette de charbon dans la chaudière.

Je m'appelle Laurent et je relance le Puissant Chantier. Parce que ce n'est que le début. Parce que j'ai envie de connaître la suite. Parce que je ne vais pas arrêter à la moindre difficulté. Pas comme avant. Pas comme toutes les autres fois où j'ai renoncé trop tôt. Non, pas cette fois.

Mais avant de reprendre la bataille, j'aimerais voyager dans le temps et te parler de ce moment où mon podcast a brusquement basculé dans le concret.

On va retourner quelques mois en arrière, au moment où mon premier podcast n'était qu'une idée, une envie.

Nous sommes en mai 2021. Depuis presque une année, j'ai consommé une quantité invraisemblables d'articles, de vidéos et de podcasts pour savoir comment faire un podcast. Après plusieurs mois d'attente, j'ai enfin pu mettre la main sur un micro. J'ai aussi réussi à choisir un morceau de musique pour le générique.

A présent, il faut que j'écrive un épisode pilote pour prouver que ce projet peut exister. Dans le monde des séries, ils enregistrent d'abord un épisode-pilote pour pouvoir ensuite aller taper à la porte des producteurs et des diffuseurs.

Dans mon cas, l'épisode-pilote sert surtout à me convaincre que je suis capable de produire au moins un épisode. Est-ce que je sais rendre mon sujet intéressant ? Est-ce que je possède les compétences pour faire exister ces idées qui me passent par la tête ? Est-ce que ça va tenir la route ?

Alors, je me lance. J'écris le script en t'imaginant, en essayant de deviner ce qui te préoccupe, ce qui te ralentit dans ton quotidien d'artiste.

J'enregistre un premier brouillon sonore. Puis un autre. Et encore un autre. Ma voix ne me suit pas. Elle ne sort pas de moi avec suffisamment de puissance et de conviction. C'est un essai. C'est déjà ça. Je passe au montage. Je n'arrive pas à m'habituer au son de ma voix. J'ai envie de me cacher. Je rajoute des musiques. Bon, ça va déjà mieux. Je fais écouter à une, deux personnes. On me dit : "C'est pas mal, il y a de bonnes idées, mais il manque quelque chose." Et là je me dis : "C'est mauvais, ma voix ne va pas. Je dois encore travailler tout ça. C'est trop tôt et le fichier audio de l'épisode pilote reste prisonnier du disque dur de mon ordinateur...

Et l'histoire aurait pu en rester là. J'aurais pu progressivement perdre foi en ce projet. J'aurai insisté pendant quelques mois. Puis j'aurais peut-être laissé tomber et j'aurai revendu le matériel. "A vendre matériel audio peu utilisé, presque neuf. Superbe occasion. Achète-toi du rêve, pour quelques mois."

Heureusement, sans trop y croire, j'en parlais autour de moi : oui, je suis en train de bosser sur un podcast. Oui, ça sort bientôt, je ne sais pas trop quand. On peut écouter ? Non, pas encore... Ah, dommage.

Et je laisse un message à Marian. Marian Crole, artiste-musicienne. Elle a aussi son podcast. Je lui parle de Puissante Panoplie. Elle veut écouter. C'est catégorique. Alors je lui envoie le fichier. Et j'ai peur de ne pas être assez bon, d'être un amateur face à une pro. Peur d'être juste un gars qui s'est trouvé un hobby, un passe-temps pour tromper son mal-être.

Et elle me répond par un message audio :

"Mais, c'est génial, tu dois le publier."

En quelques minutes, mon monde rebascule dans le bon sens. Je comprends que j'étais en quête d'une sorte de validation. Idéalement, on devrait créer sans chercher l'approbation de qui que ce soit. Mais parfois, il faut entendre quelques paroles rassurantes et sentir de la bienveillance pour pouvoir entrer dans la lumière et partager son travail. Du fond du coeur : merci Marian.

Et pour dégager ma piste de décollage, je prépare aussi une courte bande-annonce que je mets en ligne. Les dés sont jetés. Mon podcast Puissante Panoplie existe. Je regrette simplement de n'avoir pas fêté et savouré ce moment. J'étais déjà focalisé sur la suite. Sur le début.

Nous sommes à présent en novembre 2021. J'ai terminé la première saison de Puissante Panoplie. Cela représente 8 épisodes officiels plus un épisode-pilote et une bande-annonce. Il y a surtout eu 800 écoutes. A 800 reprises, une personne a pris le temps de m'écouter. A l'ère de Youtube, c'est dérisoire, mais pour moi c'est énorme. 800 écoutes pour un gars qui sort de nulle part. Ca me rassure. Je me sens légitime et tout simplement utile.

Et pour le casque audio, je crois que je vais attendre encore un peu avant de l'acheter. Je vais d'abord lancer la deuxième saison de Puissante Panoplie. Je ne veux pas m'offrir un cadeau parce que j'ai achevé quelque chose. Non, j'aimerais plutôt me récompenser car je suis parvenu à poursuivre ce projet. C'est une manière de m'encourager à avancer.

C'était Puissant Chantier, une émission écrite et réalisée par Puissant Bazar, donc pour l'instant c'est que moi, Laurent. Je te donne rendez-vous dans plus ou moins un mois pour la suite de mes aventures dans le monde merveilleux de la création.

Si tu penses que ce podcast pourrait aider une autre personne, partage avec elle cet épisode.

Merci d'être là et d'être toi. Prends soin de toi et à tout bientôt.

Et moi, je vais aller me faire un bon thé chaud.